Entre les magasins de luxe, les grandes salles de cinéma et les chaînes de restauration rapide, un « intrus » s’est installé à deux pas de la célèbre Place de l’Opéra (IXe arrondissement de Paris). A première vue, le nouvel arrivant ressemble fort aux nombreux camions-crêpes du quartier. Il existe cependant une différence de taille puisque sa street food à lui est biologique. C’est un restaurant bio à part entière.
Stéphane s’est installé ici il y a trois mois, avec un défi en tête : « fidéliser les gens à des produits sains plutôt que de les engrainer dans la malbouffe ». Lorsque l’opportunité de monter sa propre entreprise s’est présentée, ce fils de boulanger et pâtissier de formation n’a pas hésité. « Quand je vois ce que l’on propose aux gens en termes de restauration rapide, je me suis simplement dit que de vendre des produits bios, c’est mieux », précise-t-il. Il va sans dire qu’aucun éco-citoyen digne de ce nom ne peut lui donner tort.
Son credo, écrit noir sur blanc sur la façade du « camion bio », tient en cinq mots : « Equilibre et plaisir au naturel ». De fait, « ici les repas sont faits à la commande, un par un, avec amour et des produits frais ». Le « camion bio » propose toute une variété de crêpes et de sandwichs mais aussi des glaces, des yaourts ou encore des jus de fruits. Les prix pratiqués n’ont en outre rien de rédhibitoire puisque, pour 7,50 euros, le consommateur a droit à une formule crêpe-dessert-boisson.
Stéphane a cependant dû changer ses plans en cours de route. « C’est malheureux que les produits bios soient taxés à ce point. Cela n’encourage pas les gens à manger bio », regrette-t-il. A l’ouverture de sa petite entreprise, il ne proposait que des repas entièrement bio. Pour éviter de devoir mettre la clef sous la porte, il a cependant été contraint d’alterner avec des produits non biologiques.
Pas question toutefois de ne plus jouer le jeu. Hormis certains sandwichs qui ne peuvent être labellisés AB (Agriculture Biologique), la grande majorité des produits qu’il propose reste en effet bio (le pain, les œufs, la farine, le sucre, les confitures, les jus de fruits etc.).
Malgré les tarifs attractifs, la clientèle, elle, ne semble pas encore totalement conquise. « Nous ne sommes pas dans un quartier réellement voué à être bio. Les clients, principalement des touristes, n’y attachent pas beaucoup d’importance », décrypte Stéphane. En plus d’être touristique, le quartier de l’Opéra est aussi un quartier d’affaires au sein duquel de nombreux employés ont leurs habitudes et/ou ne s’évadent de leurs bureaux que pour grignoter rapidement. « Je ne m’étais même pas rendue compte que c’était du bio », avoue d’ailleurs une cliente visiblement pressée.
« Le bio n’est pas encore assez démocratisé », résume Stéphane, qui a tout de même le sentiment qu’à la différence des touristes, les Français y semblent tout de même assez attachés. Ne perdant pas courage et plein de bonne volonté, il persiste à vouloir se faire sa place au soleil, dans un quartier où les grandes chaînes sont déjà nombreuses à se tirer la bourre. Avec tout de même un atout incontestable pour tirer son épingle du jeu : des produits verts.